Recevoir des inconnus chez soi : ce que ça apprend sur les gens
Ce que l'accueil en chambres d'hôtes nous a appris, au fil des années, sur les voyageurs et sur l'hospitalité.
Ce que l'accueil en chambres d'hôtes nous a appris, au fil des années, sur les voyageurs et sur l'hospitalité.
Au début, on s'inquiète surtout des détails matériels. La chambre est-elle assez propre, le plateau de bienvenue assez garni, la serviette bien pliée sur le bord du lit. Quelques saisons plus tard, on comprend que ces détails ne pèsent pas grand-chose. Ce qui compte, c'est la façon dont la personne pose son sac, traverse le couloir, dit merci, ou parfois oublie de le dire.
Ce que les gens révèlent loin de chez eux
En voyage, les gens ne sont pas les mêmes. Ni meilleurs ni pires, juste autrement. Le cadre habituel qui tient leurs gestes en place a disparu. On voit des familles redevenir une famille, des couples retrouver un peu de ce qu'ils avaient laissé s'éroder, des voyageurs solitaires raconter pendant deux heures une vie qu'ils ne livrent à personne. L'accueil ouvre une parenthèse où des choses inhabituelles peuvent arriver.
Les rencontres qui restent
Sur des centaines de séjours, quelques visages laissent une trace. Le chercheur à la retraite qui a passé une heure dans la cour à expliquer la biodynamie dans les vignes. La famille qui revenait chaque année et dont les enfants ont grandi devant nous. L'ingénieure hollandaise qui avait trouvé notre adresse dans un carnet de voyage hérité de sa grand-mère. Ces histoires forment la matière invisible du métier d'hôte.
Ce que ça change dans sa propre façon d'être
On finit par juger beaucoup moins. Pas par vertu, plutôt par usure. On a croisé trop de profils différents pour croire qu'un voyageur vaudrait mieux qu'un autre. Le quadra tendu qui retrouve un rythme respirable en deux jours. La retraitée qui connaît le Vaucluse mieux que nous. L'ado de seize ans qui découvre que la Provence n'appartient pas qu'à ses grands-parents. Chacun a une raison d'être là, et cette raison nous regarde rarement.
L'hospitalité n'est pas un service qu'on rend. C'est une façon de vivre qu'on choisit.